La Savoisienne Philanthropique de Lyon en balade

Le mercredi 10 Juin fut une journée bien remplie pour les membres de l’association qui se sont retrouvés, en début de matinée, sur le plateau de Saint-Rambert, pour une descente pédestre sur l’île Barbe, à travers un parc très verdoyant et fleuri, et une arrivée à deux pas du musée Jean Couty, objet de notre première visite de la journée. Ce peintre lyonnais a d’abord fait des études d’architecture avec Tony Garnier et restera attaché à la représentation des bâtiments (religieux notamment avec la série des églises romanes) mais aussi des villes : Lyon bien sûr, New-York et surtout Venise. Témoin de son temps, et touchant à tous les genres (portraits, natures mortes, paysages, scènes de genre) il reproduira sur ses toiles les activités humaines (la gare d’eau de Vaise, les chantiers de la Part-Dieu), mais aussi les évènements qui ont agité le monde (la dernière guerre, mai 68) et des sujets sociaux (orphelins, ouvriers, internés en asiles, prostituées) et tout cela dans des teintes fauves, éclatantes.

Après le repas qui nous a permis de laisser passer une averse, nous avons eu la chance de visiter l’abbaye de l’île Barbe, grâce à une des copropriétaires, et par l’entremise de Dominique Gamba, vitrailliste qui a travaillé sur le site. Sa création remonte au 5ème siècle et a connu de nombreuses vicissitudes, subissant les pillages des Sarrasins puis des Hongrois, enfin des troupes du Baron des Adrets, pour finalement être démantelée à la Révolution et servir de carrière de pierres. On retrouve de nombreuses pierres sculptées dans des immeubles du quartier de Vaise. Entre temps, elle aura connu des périodes de prospérité. Déjà au 9ème siècle, le roi Louis le Pieux lui concède le droit d’utiliser trois navires exempts de péages sur la Saône, le Rhône et le Doubs. Un cartulaire-rouleau de 1367 récapitule les hommages rendus à l’abbaye, les droits et donations dont elle bénéficie. Notamment les biens qu’elle détient dans la région de Gap et d’Embrun représentent à eux seuls la moitié du rouleau soit 24 peaux cousues entre elles. En 1549, le Pape Paul III sécularise les moines qui deviennent chanoines rattachés au chapitre de la cathédrale Saint-Jean. L’île était ceinturée par un rempart et deux portes en donnaient l’accès : la porte Notre-Dame au Sud et Sainte-Anne au Nord. L’abbaye n’occupait qu’une partie de l’île puisque le Nord était occupé par un prieuré fermé par sa propre enceinte et un château-fort qui servait d’abri en cas d’invasion. L’abbaye comprenait deux églises, l’une, dédiée à Notre-Dame, accueillait les pèlerins et l’autre, dédiée à Saint-Martin et Saint-Loup, était réservée aux moines. A l’entrée de l’abbaye, sur la place Notre-Dame, se trouvait la dîmerie où, comme son nom l’indique, on venait payer la dîme, puis la maison de l’abbé qui avait sa propre chapelle dédiée à Saint-Denis, et enfin la maison du prévôt, adjoint de l’abbé. Nous avons pu admirer de nombreuses sculptures fort bien restaurées, en particulier les chapiteaux de l’église Notre-Dame, ainsi que des restes de fresques et les vitraux. S’il reste encore beaucoup de travaux à réaliser, il nous faut remercier les propriétaires d’entretenir ce patrimoine qui était promis à la ruine.