À l’occasion des 20 ans de l’association Mémoire et patrimoine des Marches, Laurent Rigaud, président des Savoyards du Monde, a inauguré une série de huit rencontres consacrées à l’histoire locale, en revenant sur l’émigration savoyarde vers l’Argentine. Ce phénomène marquant du XIXe siècle a profondément lié de nombreux villages de Combe de Savoie, du Beaufortain, de Maurienne et du Chablais à l’Amérique du Sud.
Au XIXe siècle, les départs s’expliquent par une pauvreté structurelle : peu de terres, une forte pression démographique et des hivers longs limitant les possibilités de travail. À partir de 1853, l’Argentine encourage l’immigration pour peupler et moderniser son territoire, ouvrant un vaste horizon d’opportunités. Des Savoyards, comme Antoine Dunoyer, figurent parmi les premiers à répondre à cet appel. Ouvriers agricoles, artisans, cheminots ou travailleurs urbains, ils participent à la construction du pays. Le voyage est long et incertain, mais porteur d’espoir. Installés notamment à Villa Elisa, San José ou San Carlos, ils conservent leurs traditions. Une correspondance d’époque en témoigne : « Quand tu as vu l’Amérique, tu voudras te repentir », écrit un émigré à sa famille, entre éloignement et désir de rassurer.
Cette migration a-t-elle transformé davantage l’Argentine ou les migrants eux-mêmes ? « Les deux se sont transformés », résume Laurent Rigaud. L’Argentine s’est construite avec cette population européenne, tandis que les Savoyards ont développé une identité double. « Ils ne sont plus des émigrés, mais des expatriés », souligne-t-il.
Attaché à ces racines, Laurent Rigaud parcourt le monde pour retrouver ces histoires souvent oubliées. Son travail s’appuie sur des archives, des lettres et de nombreux témoignages de descendants. Derrière ces récits, une même émotion : attachement, fierté et nécessité de transmission. « C’est un travail de mémoire pour les jeunes, un travail de partage », conclut-il.