Winnipeg, Manitoba (Canada) — avril 2026
Il y a quelques mois, Nik Bernaz quittait définitivement les Émirats arabes unis pour poser ses valises à Winnipeg, capitale du Manitoba, au cœur des Prairies canadiennes. Dans ses bagages : un projet d’entreprise ambitieux dans le domaine de l’intelligence artificielle, et une curiosité tenace pour l’histoire des Français qui ont colonisé cette région il y a plus d’un siècle.
De Dubaï aux Prairies
Après trente ans d’enseignement international, dont une longue période aux Émirats, Nik Bernaz a choisi le Canada pour lancer Ethical Certified AI (ethicalcertified.ai), une plateforme de certification éthique pour les entreprises qui utilisent l’intelligence artificielle. Dans un secteur en pleine explosion réglementaire, son service propose aux organisations des secteurs financier, juridique et médical un cadre d’évaluation rigoureux articulé autour de neuf principes éthiques.
« Le Canada est un terrain idéal pour ce type de projet », explique-t-il. « La sensibilité aux enjeux de gouvernance de l’IA y est réelle, et le Manitoba — dont les racines francophones remontent précisément aux immigrants savoyards et français de la fin du XIXe siècle — représentait un point d’ancrage naturel pour quelqu’un qui cherche à construire sur des fondations solides. »
Sur les traces des Savoyards
Mais c’est une autre découverte qui l’a surpris lui-même. En s’immergeant dans l’histoire locale, Nik Bernaz tombe sur un fait méconnu : des familles savoyardes — originaires notamment de la vallée de la Maurienne — se sont établies au Manitoba dès la fin du XIXe siècle, attirées par les terres abondantes des Prairies et parfois poussées par le climat anticlérical de la Troisième République.
Parmi elles, la famille Augert, originaire de Fontcouverte, arrivée à Notre-Dame-de-Lourdes en 1910 à l’invitation de leur sœur Séraphine Dompnier, elle-même installée dans ce village francophone depuis 1895. Ou encore Jean-Louis Picton, de la vallée de la Maurienne, qui écrivait dans ses mémoires que « la vie sociale était presque insupportable » en France sous les lois anticléricales, et qui choisit le Canada pour offrir à ses enfants une éducation catholique libre.
« Ces familles ont traversé l’Atlantique avec leur foi, leur langue et leurs traditions. Leurs descendants sont toujours là, quelque part au Manitoba. Je veux les retrouver. »
Une association et un site web
Pour donner corps à ce projet, Nik Bernaz vient de lancer Savoyards du Manitoba (savoyards-du-manitoba.ca), une association culturelle bilingue dont l’objectif est de recenser les familles d’origine savoyarde établies dans la province, de préserver leur mémoire et de créer une communauté autour de ce patrimoine méconnu.
Le site, déjà en ligne, propose une chronologie détaillée de l’immigration savoyarde au Manitoba, un répertoire de noms de famille, et un formulaire d’adhésion ouvert à tous — descendants, passionnés d’histoire ou simples curieux.
« Je n’ai pas encore trouvé de membres », admet-il avec humour. « Mais le site est là. Et si un Augert, un Dompnier ou un Picton lit cet article depuis la Maurienne ou depuis Winnipeg, qu’il n’hésite pas à me contacter. »
Deux projets, une même logique
Entre la certification éthique de l’IA et la recherche des Savoyards perdus, le lien peut sembler ténu. Nik Bernaz y voit pourtant une cohérence profonde : « Dans les deux cas, il s’agit de construire de la confiance. Confiance dans les systèmes d’intelligence artificielle, confiance dans les liens qui unissent des communautés dispersées par l’histoire. »
Savoyards du Manitoba : savoyards-du-manitoba.ca
Ethical Certified AI : ethicalcertified.ai